Une petite entreprise, c’est aussi une entreprise

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Dans la partie la plus huppée de York Street, à George, une ville d\’Afrique du Sud, se trouve un magasin de fleurs relativement important. Il est tenu par la quatrième génération d\’une même famille. Presque tous les jours, ils viennent là, érigent un bâtiment en bois, le recouvrent d\’une bâche et placent un récipient en plastique contenant de l\’eau et des fleurs sur un comptoir en bois. Quelques membres de la famille se tiennent alors là, s\’assoient et font des affaires. Les jeunes hésitent à suivre les traces de leurs ancêtres, mais le commerce est viable. Ces personnes gagnent leur vie
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En face d\’eux, près de l\’arrêt du bus public, phénomène plutôt rare en Afrique, se trouvent plusieurs petites échoppes vendant des vêtements bon marché. Une structure métallique recouverte d\’une bâche protège les étals des intempéries et est entourée d\’une foule de personnes dont on ne sait pas au premier coup d\’œil qui travaille ou qui se prélasse. Malgré le chiffre d\’affaires négligeable de ces étals, ils sont là presque tous les jours. Ils ont leur propre activité, qui semble les faire vivre
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Non loin du centre commercial, sur le côté le plus au sud de la même rue, un homme se tient çà et là sur le trottoir, si bronzé qu\’à première vue on ne le reconnaît pas comme un Blanc comme nous. Il se tient là et, à chaque fois que le feu passe au rouge, il s\’avance sur la ligne de démarcation, contourne les voitures garées et commence à leur offrir des journaux. Il le fait jusqu\’à ce que le feu passe à l\’orange, puis retourne sur le trottoir pour éviter de se faire écraser. C\’est un métier qui n\’est pas enviable à 100 % et qui n\’est que marginalement rentable, mais il est toujours possible de gagner sa vie à Camelot. Ou alors, il le faut.
Dans l\’une des rues secondaires, il y a un étal musulman local, pour changer. Aucun commerce ne semble y opérer. On pourrait plutôt dire que les Noirs et les Blancs du quartier les évitent, mais ce n\’est certainement pas le cas. Sinon, ces personnes devraient plier bagage. Mais ils ne le font pas. Parce qu\’ils en vivent aussi.
Vous verrez beaucoup de ces personnes et beaucoup de petits bénévoles. Tous ceux qui en ont la possibilité gèrent une entreprise. Ils en vivent. La plupart du temps, il est pauvre, il n\’est pas enviable, mais il vit. Et il en est fier.
Nous ne sommes pas comme les gens de ce pays. Ils ne se lancent pas dans les affaires parce que cela ne marche pas, parce que ce n\’est pas la chose à faire. Et s\’ils se lancent, leur première préoccupation est d\’en tirer le meilleur parti.
Vous pouvez facilement deviner qui j\’admire dans ce groupe et qui, à mes yeux, est un véritable homme d\’affaires puriste digne de ce nom.